Formation pour adultes : rattraper les apprenants qui décrochent

En reconversion, l'adulte qui décroche n'est ni élève ni patient : il tombe dans le trou entre l'école, le soin et la formation. L'orthopédagogie y répond.

Max Laplume

8/25/20263 min read

Formation pour adultes : Comment rattraper vos apprenants quand ils s'effondrent en plein vol ?

L'alerte a sonné début août. Une lectrice prend la plume pour en savoir plus sur notre association. Nous échangeons quelques minutes...

Son profil ? Passée par les sciences de l'éducation, enseignante, lectrice assidue de publications scientifiques. Ainsi, au fil de notre échange, un mot tombe : orthopédagogue. Elle ne le connaît pas ! Si elle avait mené l'enquête, elle serait certainement tombée sur une mine d'information : une fiche RNCP pour l’école MANABI, des professionnels en exercice, des cabinets ouverts, une grille tarifaire, toute une littérature experte.

Le constat est rude : un métier exercé sur notre territoire qui reste totalement invisible pour une experte dont c'est pourtant le cœur de métier. Le calcul est froid mais logique : si elle n'a pas le mot, le formateur d'adultes qui gère trois décrocheurs dans sa promo ne l'a pas obligatoirement, non plus. Et on ne convoque pas un renfort dont on ignore l'existence.

Avec Tamara , ma collègue orthopédagogue et co-fondatrice des Passeurs Ludiques 3.0, nous sommes en échange avec bon nombre d'orthopédagogues francophones. Nous tentons, lors de ces échanges, de prendre la température d'une profession pas tout à fait structurée, du moins en France.

Aujourd'hui, j'aimerais savoir qui s’occupe aujourd'hui de l'apprenant adulte qui s'effondre en cours de route ?

Les recherches sur le web racontent toutes la même histoire. Celle qu'environ 20% de la population aurait un câblage cognitif différent qui, avouons le, peut sérieusement accroître les difficultés d'apprentissage ou, tout au moins, semer le parcours d'embûches, s'il n'est pas pris en compte dès le début.

Le "No Man's Land" de la reconversion.. aussi regardons le terrain tel qu'il est :

  • L'école a ses cases: PAP, PPS, tiers-temps, enseignants référents... La machinerie est parfois lourde, mais elle est nommée et financée. Et les dépistages sont très probablement plus courant.

  • Le soin a ses ordonnances: Orthophonie, psychomotricité, neuropsychologie... Des actes prescrits dans un parcours de santé.

  • La formation professionnelle, elle, a de la paperasse. Un référent handicap et le fameux indicateur 26 de Qualiopi. Sur le papier : une obligation de moyens. Dans les faits : un process écrit validé par un auditeur mais est-il toujours réellement opérationnel ?

Au milieu de ces trois mondes, il y a un trou béant. Celui où tombe cet adulte de trente-cinq ans en reconversion. Jamais diagnostiqué. Sorti du système il y a vingt ans, persuadé qu'il « ne comprend rien ». Celui qui lâche son titre pro après six semaines. Personne ne le rattrape car il n'est plus élève et pas, non plus, un patient. En bref, il ne rentre pas dans le bon dossier MDPH. C'est très exactement ici que peut opérer l'orthopédagogie. Dans la mécanique des fluides de la cognition : les stratégies d'apprentissage, les fonctions exécutives, les chemins de traverse quand la route standard est bloquée. Et oui, même pour un adulte !

Seul hic ? La profession n'est pas réglementée en France et non remboursée. Elle ne tient que par la pugnacité de ceux qui l'exercent.

Nommer, c'est outiller

Un directeur d'Organisme de formation amputé de ce vocabulaire ne peut pas tisser d'alliances. Alors il bricole. Il accorde des délais, il improvise un tutorat, il valide son indicateur 26 avec une procédure d'accessibilité générique. Et quand les abandons pleuvent, il les classe dans la case "défaut de motivation". C'est le gouffre entre l'accessibilité déclarée (qui brille en audit) et l'accessibilité réelle (qui se compte aux chaises vides à la reprise en janvier, après la pause de Noël).

Dans notre atelier de production, la différence saute aux yeux. Avant chaque déploiement d'un serious game, Tamara passe les mécaniques au peigne fin. Récemment, elle a fait sauter une jauge d'élimination : pour un profil TDAH, le buzzer d'erreur ne génère pas de tension ludique, il génère de la honte.

Moi ? Je n'ai pas les lunettes pour ça. Le sujet n'est pas de faire dans le social ou l'empathie de façade. C'est une question de compétence technique pure, convoquée là où elle manque.

Appel à témoins : Si vous tenez les rênes d'un organisme de formation, si vous formez des adultes, si vous guidez des transitions professionnelles : le terme d'orthopédagogue existe-t-il sur votre radar avant de lire ces lignes ?

Votre réponse m'intéresse. Particulièrement si ce n'est pas le cas.

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